L'éveil n'est pas une destination. Ce n'est pas un état que l'on atteint un jour et depuis lequel on contemple le monde avec sérénité. Ce n'est pas non plus une illumination soudaine, un éclair de conscience qui transforme tout en un instant.

Je ne crois pas que ce soit ça.

L'éveil, tel que je l'ai vécu, ne ressemble pas à une arrivée. Il ressemble davantage à un regard qui change. Un matin, les mêmes choses sont là, la même vie, les mêmes douleurs, les mêmes questionnements, mais on les voit différemment. Pas avec résignation. Pas avec un détachement froid qui nous coupe du monde. Avec une clarté nouvelle, une forme de paix qui ne dépend plus de ce qui se passe à l'extérieur.

L'éveil, c'est apprendre à distinguer ce que l'on est de ce que l'on vit.

Ce n'est pas non plus un état permanent. Il y a des jours où l'on est pleinement dans cette clarté, et d'autres où l'on s'en éloigne. Ce n'est pas un échec. C'est la nature du chemin. L'éveil n'est pas un sommet que l'on atteint et depuis lequel on ne redescend jamais. C'est une direction que l'on choisit, encore et encore.

Ce que j'ai compris, c'est que l'éveil commence souvent dans la douleur. Pas parce que la souffrance serait nécessaire en elle-même, mais parce qu'elle force à regarder en face ce que l'on évite. Elle enlève les distractions. Elle met à nu ce qui est essentiel.

Dans mon cas, c'est une relation qui m'a fait perdre pied qui m'a aussi ouvert les yeux. Sur moi. Sur ce que je portais. Sur ce que je valais, en dehors de ce que je donnais aux autres.

L'éveil n'est pas réservé à ceux qui méditent des heures chaque jour ou qui vivent retirés du monde. Il est disponible pour chacun, dans le quotidien le plus ordinaire.

Il commence par une question simple que l'on oublie souvent de se poser : est-ce que je vis, ou est-ce que je survis ?